Le retournement de la Conscience


« Pour être pleinement accompli et réalisé, j’ai dû retourner mon attention vers celui qui pratique (le sujet) et en découvrir la source. Cela a tout changé pour moi : ce fut la redécouverte de ma propre existence, un moment charnière dans mon cheminement spirituel. »

Av Neryah
Liberation, chap. The Practitioner

J’ai précisément sélectionné cette citation d’Av Neryah ci-dessus, car elle est à la source du basculement qui s’est produit pour moi en 2024.

C’est en lisant son livre autobiographique Liberation, qui décrit l’entièreté de son chemin spirituel jusqu’à l’illumination, que j’ai compris, à ce moment-là, que ce retournement de l’attention était essentiel.

Regarder vers Soi

Cela a été, pour moi, un point clé. Tant que nous pratiquons la méditation et que nous ramenons l’attention sur l’objet de méditation, le silence intérieur se développe. Ce qui est essentiel.

C’est un ingrédient indispensable pour laisser émerger le Soi, caché sous les décombres.

Cependant, nous pouvons pratiquer durant des mois, voire des années, sans jamais regarder dans la bonne direction.

Tant que nous focalisons notre attention — la Conscience — sur autre chose qu’elle-même, nous passons à côté de nous-mêmes.

C’est une compréhension majeure, qu’il est important de bien intégrer.

À cette époque, je pratiquais une assise semblable au zazen. Je ne faisais rien d’autre que m’asseoir ici et maintenant, sans rien attendre, avec une attention ouverte, laissant passer ce qui se présentait.

Au travers de cette pratique, j’étais ce que je devais être.

Comme le dit Mooji, dans son livre Avant Je Suis :

« Il n’y a rien que tu doives faire ou changer pour être ce que tu es. Pourtant, il y a quelque chose que tu dois reconnaître pour cesser d’être ce que tu n’es pas ; cherche qui tu es. »

Arrêter de regarder ce qui apparaît dans la Conscience et tourner la Conscience vers elle-même a été, pour moi, la clé pour « remarquer » la présence, le « Je Suis », toujours là, si près…

Lorsque cela est vu ou re-connu, il peut y avoir un changement de perspective amenant une rupture entre le sujet (le Soi) et les objets (pensées, émotions, croyances…) qui se manifestent sur l’écran de la Conscience.

Avec cet événement, il devient possible de reconnaître que l’espace au-delà des pensées, cet espace infini, sans limite et insaisissable… est ce que nous sommes.

Cherche qui tu es

Nous l’avons vu, tourner le regard vers l’intérieur est, selon moi, une clé majeure pour trouver qui nous sommes vraiment.

Ce n’est pas parce que l’on tourne l’attention vers elle-même que la compréhension sera là immédiatement. Il ne faut pas hésiter à répéter, répéter, répéter cette recherche jusqu’à ce que cela se re-connaisse.

C’est cette répétition qui creusera progressivement le fossé entre le sujet (le Soi) et les objets (pensées, émotions, croyances…) du mental, jusqu’à ce qu’il soit suffisamment grand pour que nous décidions de sauter dedans !

La réponse ne sera jamais intellectuelle. Ce ne peut être qu’un « état », une « qualité ». Aucun mot ne peut exprimer réellement cela, puisque les mots sont issus de la fabrication du mental. Néanmoins, le moins que l’on puisse dire est que la réponse n’apparaîtra pas au moyen de la pensée, mais plutôt comme une connaissance directe.

Et, pour nous aider à porter l’attention vers Soi, nous pouvons faire usage des pointeurs.

Pointer avec un pointeur vers Soi

Pour aider la Conscience à se tourner vers elle-même, nous pouvons utiliser un pointeur.

Un pointeur ne nous montrera jamais la vérité. Il ne nous révélera jamais notre vraie nature. Il est comme le doigt qui pointe vers la lune. Si nous continuons de regarder le doigt, nous ne verrons jamais la lune. En revanche, si nous orientons le regard dans la direction pointée par le doigt, nous aurons plus de chances de voir la lune.

Comme je l’ai mentionné dans d’autres articles du blog, les pointeurs ont leur intérêt à partir du moment où, durant nos temps de méditation, le silence intérieur est déjà un minimum présent, afin d’éviter de rester bloqué au niveau du mental.

Il existe de nombreux pointeurs, et je vous invite à lire le livre d’Av Neryah, The Yoga of Consciousness, ou le livre d’Adyashanti, The Direct Way, qui contiennent une liste exhaustive de pointeurs.

Chacun·e trouvera le pointeur qui fonctionne pour lui ou qui lui semble le plus approprié. Et il est facile d’en essayer plusieurs jusqu’à sentir que l’on est à l’aise avec l’un ou l’autre.

Par exemple :

Est-ce que j’existe ? Qui est conscient d’exister ?
ou
Qu’est-ce qui est conscient d’exister ?

Mais cela reste une affaire personnelle, et il est bon d’en avoir deux ou trois sous la main pour s’adapter aux situations.

Ces pointeurs peuvent s’utiliser durant la méditation, et en dehors, bien sûr. Cependant, dans le cas décrit ici, il est question d’un usage lorsque nous sommes assis avec nous-mêmes.

Ainsi, assis, le silence intérieur installé, nous pouvons inviter la pensée-pointeur : « Qui est conscient d’être conscient ? », puis la laisser se relâcher totalement dans le silence…

Rester avec cela… jusqu’à ce que… cela, vous soyez… comme dirait Maître Yoda.

En résumé

Nous n’avons rien à faire puisque nous sommes déjà ce qui est, mais nous l’avons certainement légèrement oublié. Nous l’oublions parce que l’attention, la Conscience, est toujours attirée par les objets extérieurs.

Pourrait-elle se retourner naturellement vers elle-même ? Oui, sûrement. Si le nettoyage spirituel a été accompli durant des vies passées, cela peut arriver très tôt, très jeune, chez certain·es… Mais si nous n’en sommes pas là, et que notre désir de nous re-trouver est présent en cette vie, alors nous pouvons nous mettre en chemin.

Lorsque le silence intérieur est cultivé, permettant à la Conscience de ne plus être sans cesse identifiée aux objets extérieurs, il peut être opportun d’employer des moyens directs de recherche du Soi en se tournant directement vers la Source, vers Soi-même.

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