Vers l’émergence du « Je suis »

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Le premier pas sur le chemin de la reconnaissance du Soi


Il est important de comprendre que la reconnaissance de cette présence bienheureuse du Soi — « l’éveil au Soi » — n’est que la première étape.

Av Neryah
Liberation, Ch. The Key


Sur le chemin de la recherche du Soi, l’émergence du « témoin », du « Je Suis » ou de « l’observateur » est le premier pas.

Lorsque ce changement de perspective se produit, celui ou celle qui était jusqu’alors identifié·e à son ego-mental et à toutes ses facettes (pensées, émotions, sensations, croyances, etc.) commence à s’en détacher.

Il y a émergence d’un état d’être qui « sait » qu’il n’est pas le mental ni les pensées.

Mais qu’il est au-delà, qu’il est cela.

Au départ, les contours ne sont pas toujours très nets. En tout cas, c’est ainsi que cela s’est passé pour moi.

Une nouvelle sensation d’être et d’exister au-delà des pensées apparaît et, comme un nouveau-né faisant ses premiers pas, on ne comprend pas tout de suite ce nouveau fonctionnement.

La conscience étant particulièrement « gluante », elle a tendance à se ré-identifier très vite aux objets extérieurs.

Pour certain·e·s, qui vivent un basculement direct et puissant les plongeant dans un samadhi profond, « l’expérience » sera vécue différemment. Si elle s’accompagne d’une disparition totale de l’ego, il n’y aura plus d’identification du tout, vivant directement l’Union du petit « Je » avec le grand « Je ». Ce qui peut être très violent… mais sûrement plutôt rare.

Je vous invite à lire le livre témoignage de Suzanne Segal, Collision avec l’infini : une vie au-delà du moi, pour avoir un aperçu de cela.

Cependant, pour celles et ceux qui ne vivront pas ce type « d’expérience » ou de basculement brutal, mais qui sentiront malgré tout l’émergence du « témoin », il est intéressant d’en parler.

Créer les conditions favorables

La conscience, naturellement attirée vers les objets et les phénomènes du monde extérieur, couplée à un mental en effervescence issu de notre réalité actuelle, ne peut s’apercevoir de sa propre existence.

Notre nature véritable est toujours près de nous, et pourtant nous passons à côté à longueur de temps.

Elle nous suit partout. Elle est la trame sur laquelle toutes les manifestations se réalisent. Stable, inchangée, paisible et lumineuse. Toujours présente à l’arrière de tout ce qui attire l’attention.

Ainsi, pour celui ou celle qui, durant un court instant, a ressenti cette présence, cela enclenche un processus de recherche, de retour vers cet état de présence pure.

Il existe un au-delà du mental et un au-delà des pensées. Cet état, qui est notre nature véritable, semble voilé par le flot incessant des pensées et des conditionnements du mental. Pour lever progressivement ce voile, il nous faut apprendre à reconnaître l’espace qui existe entre deux pensées. C’est dans ce silence intérieur, toujours présent mais souvent inaperçu, que peut émerger le « témoin-observateur », aussi appelé « Je Suis ». Pour cela, la méditation est d’une grande aide.

Bien sûr, il est possible de s’appuyer directement sur le questionnement, la négation de tout ce qui existe ou de dire que tout est Un, mais tant que le « témoin-observateur » n’est pas là, ces pratiques seront peu efficaces, car elles resteront utilisées au niveau du mental. Or, pour qu’il y ait re-connaissance du Soi, il faut aller au-delà du mental et de ses multiples facettes.

Lorsque l’état « d’observateur-témoin» est là, le questionnement ou la négation des objets extérieurs au Soi prennent tout leur sens et deviennent des « pointeurs » de choix vers notre vrai nature, le Soi.

Les pratiques énergétiques

Les pratiques énergétiques sont très utiles pour favoriser l’émergence du « Je Suis ».

La méditation restant, selon moi, le cœur de la pratique, les pratiques énergétiques sont un moyen d’accélérer la purification du mental, des vāsanās (tendances et conditionnements profonds), d’améliorer notre santé et de nous amener vers des états méditatifs profonds.

Selon de nombreuses traditions du Yoga, le corps, le souffle, le système nerveux et le mental sont intimement liés. Les pratiques énergétiques purifient progressivement le système nerveux, favorisant ainsi l’installation du silence intérieur. Plus le système nerveux devient un instrument pur, plus l’expression de la conscience du Soi devient naturelle.

Nous pouvons combiner les pratiques énergétiques et la méditation. Ensemble, elles créent un terrain fertile pour l’émergence du silence intérieur, propice à la re-connaissance du Soi.

La méditation

La méditation est le moyen le plus direct pour cultiver le silence intérieur et favoriser l’émergence du « témoin ».

Je développe plus en détail l’évolution naturelle de cette pratique dans l’article : « L’évolution naturelle de la méditation : de la méditation avec objet à la méditation sans objet ». Ici, nous nous intéresserons aux différentes approches pouvant soutenir cette re-connaissance.

Il n’existe pas une seule manière de méditer. Selon les traditions et les besoins de chacun·e, différents supports peuvent être utilisés pour conduire progressivement vers le silence intérieur, terre d’accueil de notre état naturel.

Méditation avec support

L’usage d’un mantra, d’une visualisation, d’un son, d’une bougie, etc., permet d’amener le mental à se concentrer sur un seul et même objet, le libérant progressivement de son habitude à vagabonder d’une pensée à l’autre.

L’objet de méditation n’est pas une fin en soi. Il sert de point d’ancrage pour ramener l’attention chaque fois que le mental s’en éloigne.

C’est souvent le point de départ pour apaiser le mental et lâcher le flot de pensées, menant progressivement vers l’état de méditation, qui est avant tout un état d’accueil, d’écoute, d’observation et d’ouverture à ce qui se présente.

Dans certaines traditions, l’usage d’un mantra est utilisé comme support de méditation. C’est la qualité vibratoire du mantra, le son, qui revêt une grande importance. Lorsque l’attention se centre sur le son produit par ce dernier, la vibration affecte le système nerveux subtil, déclenchant un processus subtil de purification.

Au fil de la méditation, la présence du mantra se fera de plus en plus subtile, menant naturellement vers une méditation sans objet et un silence intérieur de plus en plus profond.

Méditation avec support subtil

L’usage d’un objet subtil de méditation est intéressant, car il est souvent à la frontière de plusieurs pratiques, permettant de cultiver l’énergie interne, la concentration et l’ouverture à ce qui se présente.

La méditation centrée sur la respiration est le support le plus connu.

Dans la Haṭha Yoga Pradīpikā (II.2), il est écrit :

« Lorsque le souffle est en mouvement, le mental est agité. Lorsque le souffle est immobile, le mental devient immobile. Le yogi atteint alors la stabilité ; c’est pourquoi il doit maîtriser le souffle. »

Ce verset illustre parfaitement le lien intime entre le souffle et le mental. À mesure que la respiration s’apaise, le mental suit naturellement ce mouvement menant vers toujours plus de silence intérieur.

Méditation sans support ou s’asseoir simplement

La voie du Zen propose une approche directe, dans laquelle la pratique se fait sans support de méditation. Il est simplement demandé de « juste s’asseoir » et d’être avec ce qui est, en laissant passer tout ce qui se présente.

Selon cette tradition, le simple fait de demeurer ici, assis·e, en tant qu’observateur·rice de ce qui se produit, permet à une transformation intérieure de s’opérer naturellement, laissant progressivement émerger le silence intérieur.

Il ne reste alors plus qu’à demeurer avec ce qui est.

La méditation sans support, est en fin de compte une « non-pratique », car nous ne cherchons pas à « faire », mais plutôt à « être ». Aucune attente, juste résider ici, avec Soi.

Ainsi, dès le départ, nous demeurons déjà dans notre véritable nature. Simplement s’asseoir, chaque jour, à un rythme régulier, nous dépouille progressivement de nos fausses identifications, jusqu’à laisser apparaître les rayons du Soi, qui brillent déjà derrière les nuages.

Cultiver le silence intérieur au quotidien

Selon l’élan intérieur qui nous anime d’avancer sur le chemin de la reconnaissance du Soi, nous pouvons avoir envie d’en faire davantage et d’intégrer à notre quotidien des approches favorisant encore davantage l’installation du silence intérieur.

Tout comme nous le faisons durant notre temps de méditation assis, nous pouvons, au fil de la journée, ramener notre attention vers différents supports de méditation.

Bien sûr, puisque notre attention sera partagée entre ce que nous faisons et ce support, nous n’irons pas aussi en profondeur que durant notre temps de méditation assis. Néanmoins, cela créera une continuité, tel un fil rouge tout au long de la journée, reliant nos temps de méditation entre eux.

Petit à petit, cette qualité de présence s’étend naturellement au reste de la journée et renforce l’effet de nos pratiques assises.

Observation et rappel à Soi

Les sensations du corps, la respiration ou encore l’activité que nous sommes en train d’accomplir sont de très bons supports vers lesquels nous pouvons ramener notre attention durant les tâches quotidiennes. Sans chercher à modifier quoi que ce soit, ce retour répété au présent favorise progressivement le détachement du flot de pensées et des automatismes du mental.

Le plus important est de ne porter aucun jugement sur ce qui est. Simplement être observateur·rice de ce que fait le corps-esprit au quotidien.

Nous pouvons, si nous le souhaitons, nommer ce qui arrive de façon neutre. C’est une pratique bien connue du Bouddhisme, dont je parlerai dans un futur article.

Cela peut paraître surprenant, mais à mesure que nous nous observons sans jugement, se produit un changement de perspective, dans la continuité de nos pratiques de méditation assise, amenant à percevoir les pensées, les émotions, les sensations, les paroles, etc., comme étant « extérieures » au Soi.

C’est une pratique fascinante et déconcertante au départ, surtout lorsque nous nous amusons à la pratiquer régulièrement. Elle constitue, selon moi, une pratique très puissante qui favorise fortement l’apparition du « témoin ».

Combinée à la méditation assise, elle forme un très bon socle de pratique.

L’investigation du Soi ou l’auto-investigation


« Qui suis-je ? Vérifie intérieurement, mais en restant tranquille, l’attention en éveil. »

Mooji
Avant Je Suis


Nous pouvons utiliser des « exercices » d’investigation du Soi, en dehors de nos pratiques, qui viendront défaire nos attachements, nos croyances et nos illusions au fil des événements qui se présentent.

Ces pratiques sont très puissantes lorsque le silence intérieur et la qualité de « témoin-observateur » ont déjà commencé à émerger. Sinon, leur usage reste limité à une réflexion intellectuelle, ce qui n’est absolument pas utile pour découvrir ce que nous sommes.

Le questionnement « Qui suis-je ? » ou « Que suis-je ? » peut être utilisé dans notre quotidien de façon un peu détournée. Par exemple, nous pourrions nous demander : « Qui est conscient de faire la vaisselle ? » ou « Qui est conscient de parler ? ».

Si nous sommes en train de marcher, nous pourrions nous poser la question : « Qui a conscience d’avoir conscience ? »

Il n’y a aucune réponse à formuler. Juste laisser cette question se relâcher dans le silence intérieur du moment.

L’auto-questionnement peut nous conduire progressivement vers notre vraie nature, là où aucune réponse ne peut être donnée par le mental, laissant alors le Soi se révéler de lui-même.

Conclusion

Nous sommes tous différents, et c’est ce qui fait notre richesse. Chacun·e, en fonction de son contexte personnel, sera naturellement attiré·e par telle ou telle pratique.

Si nous nous écoutons, favorisons les pratiques qui nous font vibrer et avançons avec le cœur ouvert, il devient plus facile d’installer une pratique quotidienne, assise ou en activité.

Le silence intérieur est, selon moi, une condition essentielle pour permettre au sentiment du « Je Suis » de remonter progressivement à la surface, au-delà de la poussière du mental qui s’est accumulée depuis la naissance.

Circulation énergétique, méditation avec ou sans objet, auto-investigation, pleine conscience…

En explorant les différentes pratiques à notre disposition, nous pouvons progressivement cultiver le terrain favorable à l’émergence du « Je Suis ».

Lorsque ce changement de perspective s’opère, il marque, selon moi, un premier pas décisif sur le chemin de la réalisation du Soi. À partir de là, notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au monde se transforme profondément.

— Amitiés

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