Reconnaître la reconnaissance du Soi

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« Tout ce qui est vu est illusion et celui qui perçoit cela est le Soi, le témoin. »

Sri Siddharameshwar Maharaj


Lorsque le « Soi » est reconnu et que « ce qui observe » devient le point de référence du « Je », même si le changement est instantané, la compréhension, elle, ne l’est pas toujours.

Lorsque l’espace entre deux pensées est cultivé quotidiennement, il s’élargit jusqu’à amener le mental vers un nouveau fonctionnement.

C’est comme si nous procédions à une rééducation. Au départ, le mental tourne tout seul, et nous nous identifions à tout ce qui se présente. Pendant des années, nous avons tourné notre attention vers l’extérieur, ne laissant aucune place au silence intérieur, toujours présent en nous.

Avec la pratique, nous apprenons à créer un premier petit espace entre nous et les pensées. Puis cet espace devient plus grand, jusqu’à ce que nous en arrivions à une ouverture entre le mental-ego et le Soi, notre vraie nature.

Ainsi, le quotidien change à mesure que le silence intérieur devient, petit à petit, notre mode de fonctionnement « par défaut ». Le point de référence ayant changé, l’état au-delà de la pensée se présente de plus en plus.

Au départ, cela peut être totalement troublant de s’apercevoir que nous pouvons fonctionner sans aucune pensée. L’ego étant lui-même une pensée, et n’ayant plus rien à quoi se rattacher, il peut jouer avec la peur et créer de nouvelles illusions.

Le mental-ego pourra même aller jusqu’à créer une nouvelle « fausse identité ».

Il utilisera toutes sortes de stratagèmes pour nous faire douter de ce que nous sommes, nous empêchant de nous identifier à notre vraie nature : le Soi.

Les signes

J’ai noté un certain nombre de signes qui se sont produits à la suite de ce changement de perspective.

Cette liste n’est pas exhaustive, et il se peut que certains changements ne se présentent pas pour vous, tandis que d’autres le soient. Tout est très personnel et dépend du contexte de chacun·e.

Au-delà des pensées, le silence et la paix intérieure

Lorsque le « Soi » est re-connu, l’un des signe le plus marquant est le silence total et profond.

Ce silence se prolonge jusque dans le quotidien et on se dé-couvre comme étant un espace de calme pure, de clarté sans limite dans lequel tout apparait et disparait.

Ici, nous sommes au-delà des pensées, au delà du mental. Il n’y a plus de questions. Seulement une perception directe de ce qui se présente.

Ainsi, nous pouvons nous reposer dans ici, simplement résider dans cette pure conscience qui n’est autre que notre Soi, notre vraie nature.

La discrimination sujet-objet

Un signe important qui apparaît est le développement de la discrimination sujet-objet. Avec l’apparition du « témoin », une séparation de plus en plus claire entre le sujet (le Soi) et les objets de perception se révèle.

Au quotidien, il devient alors évident pour « ce qui observe » que chaque pensée, émotion, sensation, sentiment ou croyance n’est pas lui. Voyant cela, il nous est possible de relâcher, puis de laisser se dissoudre, dans la simplicité de l’être, tout ce qui ne nous est plus nécessaire.

La compréhension des enseignements

Ce qui me surprit au départ fut de reprendre les livres que j’avais lus et de constater que tout me semblait alors tout à fait clair !

C’était un étrange sentiment, et à la fois fascinant. J’avais la sensation de comprendre ce qu’ils disaient, et ce vers quoi ils pointaient, chose que je ne comprenais pas quelques mois auparavant.

Par ailleurs, c’est lorsque je me tournai vers les enseignements du Yoga, et du Jñāna plus précisément, que ma compréhension fut amplement élargie.

L’incompréhension de l’entourage

C’est un fait : si nous vivons notre quête en solitaire, notre entourage ne pourra pas toujours entendre ni comprendre ce qui nous arrive. Sans cultiver une méditation régulière et une recherche de la vérité, il sera difficile de faire entendre à l’autre ce que nous vivons.

Pour autant, c’est aussi un signe révélateur. En tentant d’exprimer cette nouvelle vérité, constater que nos proches ne comprenne pas ce que nous décrivons peut nous pousser à faire des recherche pour comprendre ce qui a changé, mais aussi à confirmer qu’il y a bien eu un « changement ».

Quoi qu’il en soit, si nous avons une forte dévotion pour trouver la vérité en nous, nous finirons par recevoir le soutien et les réponses que nous cherchons.

Une circulation énergétique en mouvement

Suite à cette ouverture intérieure, il ne m’était plus possible de rester assis sur mon banc de méditation sans que le corps se mette à se secouer dans tous les sens. Pendant plusieurs semaines, il m’était devenu impossible de méditer en étant assis.

À ce stade, je n’ai pas tout de suite compris que de nombreuses obstructions dans mon système nerveux se libéraient.

Ce que l’on appelle, dans le Yoga, la Kundalinī, peut se mettre à bouger fortement, causant divers maux énergétiques. Si nous avions une pratique quotidienne, nous pouvons tenter de l’ajuster le temps que l’énergie s’adoucisse. Mais si cela nous gêne fortement dans notre quotidien, il peut être bon d’arrêter les pratiques quelques temps et de nous ancrer afin de retrouver un équilibre énergétique intérieur stable.

Cela dépend du contexte de chacun·e et de son parcours, mais aussi de ses expériences antérieures.

Des changements importants apparaissent dans notre vie

Ça secoue dans le corps, dans les émotions, dans le mental et les croyances, mais cela peut aussi secouer fortement au niveau professionnel et personnel. Tout peut être remis en question : le travail, la vie personnelle, l’entourage, etc. Mais cela n’est pas une obligation non plus ; tout dépend du contexte de chacun·e.

Les changements peuvent être violents et radicaux, comme doux. Si nous étions déjà aligné·e·s avec nous-mêmes intérieurement, je pense que cela aura un impact moins fort. Mais si, comme moi, ce n’était pas le cas, alors beaucoup de choses peuvent changer dans votre vie, du tout au tout !

Rééquilibrage intérieur et lâcher-prise

Au-delà des changements extérieurs, un rééquilibrage naturel, qui nous recentre vers ce que nous sommes et ce que nous aimons, en délaissant totalement ce qui n’est plus important pour nous ou qui nous paraît à présent superficiel, peut arriver.

Plus nous apprenons à vivre depuis ce nouveau point de référence, depuis le Soi, notre état naturel, plus nous nous dé-couvrons des aspects superficiels qui composaient notre « personnalité ». De nombreux masques nous apparaissent clairement et tombent.

L’envie d’être 100 % vrai·e avec Soi-même et les autres devient naturelle.

On se sent proche de tout. L’Amour et la Compassion se manifestent de plus en plus, et nous ne souhaitons plus qu’être en harmonie avec ce qui est.

Éviter le piège du mental : le doute


« Tant que vous n’êtes pas fermement établi·e dans le Soi, vous devez poursuivre votre méditation. Les doutes ne prennent possession de vous que lorsque vous vous oubliez. »

Annamalai Swami


Le doute provient toujours du mental. Il se présente sous forme de pensées auxquelles nous risquons de nous identifier après la révélation du Soi.

Déceler le doute

Le doute est un stratagème utilisé par le mental-ego pour nous faire douter de ce que nous sommes et de la réalisation. Il viendra avec des affirmations comme :

  • « Ça ne peut pas être ça. »
  • « Tu ne peux pas être cela. »
  • « Les autres parlent d’expériences grandioses que tu n’as pas vécues. »
  • « Ça ne peut pas être aussi simple. »
  • « Il y a forcément autre chose. »

Ces remises en question sont subtiles, car elles se propagent et génèrent un potentiel sentiment « d’imposture », nous amenant à nous ré-identifier à l’existence d’un personnage inexistant.

C’est aussi vicieux, car, en utilisant ces affirmations qui sèment le doute, nous nous concentrons sur cette idée qu’il y a encore quelque chose à atteindre.

Or, lorsque le Soi est découvert, nous sommes arrivés. La réalisation de notre vraie nature est là. Le Soi, étant au delà des pensées et du mental, nous pouvons laisser le doute faire son oeuvre, l’observer jouer son petit jeu et le laisser se dissoudre naturellement dans la pure présence du silence intérieur.

Désarmer le doute

Nous devons donc rester vigilant·e·s lorsque ces pensées nous sont servies sur un plateau d’argent par le mental.

Pour nous y aider, plusieurs approches sont possibles.

La contemplation des trois caractéristiques de l’existence, issue du bouddhisme, peut s’avérer particulièrement utile. Elle consiste à observer chaque objet qui apparaît dans la conscience — pensée, émotion, croyance, souvenir, sensation ou encore objet extérieur — sous trois angles :

  • Anicca (l’impermanence) : est-ce permanent ?
  • Anattā (le non-soi) : est-ce réellement moi ?
  • Dukkha (l’insatisfaction) : cela peut-il m’apporter une satisfaction durable ?

En observant les objets de cette manière, l’identification s’affaiblit progressivement et il devient plus facile de demeurer dans notre véritable nature.

Le Jñāna Yoga propose une autre approche, fondée sur le questionnement direct.

Pour cela, nous pouvons nous interroger sur la réalité de ces pensées :

  • Qui pose cette question ?
  • D’où vient-elle ?
  • Est-elle réelle ?

Ces différents outils permettent de dissoudre progressivement le doute, avec douceur, afin que nous puissions vivre depuis notre vraie nature, qui n’est que pure présence d’Amour et de Paix.

Accepter cette réalisation

Nous venons de voir que le doute est un stratagème subtil du mental-ego pour nous amener à croire que nous ne sommes pas le Soi.

Nous avons également compris qu’il est possible de le démasquer en utilisant le questionnement. Cela aura pour effet de nous replacer dans la bonne perspective et de remettre à leur place ces pensées, qui ne sont que des pensées.

Cependant, il se peut que cela ne suffise pas, notamment lorsque cette réalisation nous arrive alors que nous sommes un·e chercheur·euse seul·e et isolé·e, ou qu’elle survient subitement.

La compréhension n’arrivant pas forcément dans le même temps que la réalisation, il est bon de trouver des aides.

Consultation en personne

Je vous conseille vivement d’aller échanger avec quelqu’un qui vit depuis cette perspective, depuis le Soi. C’est personnellement ce que j’ai fait, et j’ai eu besoin de consulter plusieurs personnes pour éclairer ce changement, cette compréhension nouvelle.

Chacun·e apporte sa propre compréhension, avec des mots différents, un angle de vue qui varie, mais qui permet de « comprendre » que « oui », c’est pareil pour « moi ».

Rencontrer une communauté

Partir à la rencontre d’une communauté peut aussi être une grande aide pour sortir de l’isolement et pouvoir parler librement de ce qui est vécu.

Lorsque ce changement de perspective s’est produit, j’ai tenté de raconter ce qui se passait à mon entourage. J’ai également consulté une psychologue. Mais malgré mes tentatives pour décrire ce qui était perçu, il était clair que je ne parvenais pas à leur faire « comprendre » quelque chose.

Sachez que vous n’êtes pas seul·e·s ! Il existe la communauté de Douglas Harding en France, que vous pouvez découvrir ici et rejoindre afin de vous entourer.

Assister à des satsangs

Je n’ai pas encore eu l’occasion de suivre un stage sur la non-dualité ou de me rendre à un satsang. Mais c’est certainement une belle façon d’aller à la rencontre d’autres êtres ayant fait cette même découverte et d’y partager les perceptions de chacun·e.

Durant un satsang, il est aussi possible d’interroger le maître qui enseigne et d’approfondir notre compréhension, sans compter la possibilité de poser des questions qui ne sont pas encore dissoutes dans la présence.

Parcourir les livres sur la non-dualité


Quand nous découvrons que notre sens du soi est le témoin, rien ne peut plus nous toucher.

Yogani


En plus de rencontrer d’autres personnes, les livres sont une mine d’or pour trouver des réponses. Cependant, il n’est pas toujours aisé de tomber au bon endroit du premier coup, et cela peut s’avérer chronophage.

Il y a souvent des miettes qui sont éparpillées à droite et à gauche dans les enseignements des maîtres recueillis par leurs disciples.

Ceux qui m’ont particulièrement éclairés :

  • Ramana MaharshiJe suis celui qui est
  • Annamalai SwamiFinal Talks
  • Sri Siddharameshwar MaharajEmbrasser l’immortalité : méthode pratique pour se libérer du faux
  • YoganiLa recherche du Soi et Libération

Suivre une formation sur le Jñāna Yoga

Enfin, une formation sur l’Advaita peut vous être d’une grande aide pour apporter un éclairage sur ce que vous vivez au quotidien.

J’ai récemment découvert la formation proposée par Tristan Dorling sur https://www.aypinternational.com/academy/, qui est d’une très grande qualité. Actuellement accessible en anglais, elle constitue un très bon complément aux livres écrits par Yogani.

Même si ce n’est pas la voie qui m’a mené vers cette réalisation, c’est aujourd’hui la suite de mon chemin, et cette formation m’a beaucoup apporté.

En résumé

La reconnaissance du Soi, avec l’apparition du « témoin » est le premier pas vers la libération. D’ici, une toute nouvelle perspective s’ouvre à nous.

Chaque jour devient une possibilité d’ouverture, de simplicité et de relâchement dans notre état naturel de pure conscience.

Certaines illusions peuvent se présenter sur le chemin, nous poussant à nous désidentifier du Soi et le doute en est l’une d’entre elle. C’est l’une des plus subtile lorsque nous dé-couvrons notre « vraie » nature.

Pour nous aider à être, et nous amener à comprendre cet étonnant changement nous avons à notre disposition de nombreux soutiens, auxquels il ne faut pas hésiter à faire appel : consulter une personne vivant depuis cette perspective, aller à la rencontre d’une communauté, participer à un satsang, lire les enseignements des maîtres ou encore suivre une formation sont autant de façons d’approfondir notre compréhension.

Même si le Soi a toujours été présent, il est souvent nécessaire de traverser un temps de « rééducation », durant lequel nous ré-apprenons progressivement à vivre depuis cette nouvelle perspective. Avec le temps, notre état naturel reprendra sa place pour laisser émerger une vie pleine d’Amour, de paix et de simplicité dans la présence pure du Soi.

— Amitiés


Quelques citations inspirantes

« Tout ce qui est expérimenté par les dix sens, le mental et l’intellect est différent de vous et n’est pas réel. Le Soi est le témoin de tout ce qui est vu par le mental, les sens… L’état dans lequel on a le sentiment « je suis le témoin, l’observateur » est appelé turya, le quatrième état. Néanmoins la dualité existe encore dans cet état car l’observateur est celui qui voit ce qui est vu. Il n’est en fait toujours qu’un concept. Ce n’est donc pas la véritable connaissance puisque la dualité est présente. La connaissance ultime est atteinte dans l’état d’unicité totale qui n’inclut rien qui serait « autre ». » – Page 131, Sri Siddharameshwar Maharaj — Embrasser l’immortalité : méthode pratique pour se libérer du faux

« Tout ce qui est vu est illusion et celui qui perçoit cela est le Soi, le témoin. », Sri Siddharameshwar Maharaj — Embrasser l’immortalité : méthode pratique pour se libérer du faux, Page 153.

« La méditation constante est la seule voie. Si vous faites entrer la lumière dans votre pièce, l’obscurité disparaît immédiatement. Vous devez veiller à ce que cette lumière ne s’éteigne pas. Elle doit rester continuellement allumée afin qu’il n’y ait plus d’obscurité. Tant que vous n’êtes pas fermement établi·e dans le Soi, vous devez poursuivre votre méditation. Les doutes ne prennent possession de vous que lorsque vous vous oubliez. », Final Talks, Annamalai Swami, Chap 10 – Page 58 (traduction par IA)

« Quand nous découvrons que notre sens du soi est le témoin, rien ne peut plus nous toucher. Nous ne pouvons pas souffrir quand nous sommes Cela, peu importe ce que font le corps et le mental. C’est un fait que notre conscience ne souffre pas, même quand elle s’identifie. Elle est uniquement conscience, cette part de nous qui a toujours été. Elle ne change pas. C’est seulement le vernis des pensées, des émotions et de la matérialité externe qui change. Inévitablement, le monde extérieur change. Mais à l’intérieur, nous ne changeons jamais. », Yogani, La recherche du Soi, Chap L’aube du témoin et la fin de la souffrance

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